De Nevers à Roubaix

un an dans les coulisses de la course la plus dure au monde

Cette année Paris-Roubaix n’aura pas lieu. Reportée puis finalement annulée, la course la plus éprouvante du calendrier doit passer son tour, terrassée par la même raison qui avait conduit à son report. Le peloton pro et tous les amoureux du cyclisme devront attendre 2021 pour retrouver cette ferveur populaire si singulière de la course la plus dure au monde.

« La course la plus dure au monde », c’est ce qui était ressorti le jour où, dans notre manufacture bourguignonne, la discussion avait démarrée avec cette question : « À votre avis, quelle est la course la plus difficile à laquelle nos vélos LOOK ont déjà participé ? ». Une unanimité peu commune avait tranché : Paris-Roubaix.

Fascinés par la performance et par tout ce qui repousse les limites, nous avons relevé de nombreux défis au cours de notre histoire. Différentes équipes, différents coureurs, différentes courses, des centaines d’objectifs et autant d’heures de travail à développer et livrer les meilleurs produits pour y répondre.

Notre dernier en date était d’accompagner l’équipe Nippo Delko One Provence sur cette course du Nord qui flirte avec l’enfer: L’Enfer du Nord.

De Nevers à Roubaix, découvrez les coulisses d’un an de préparation à la course… la plus difficile au monde.

Établir les contours du défi

Sportivement, les coureurs semblent unanimes sur le caractère unique de ce monument du cyclisme. Beaucoup en rêvent, d’autres en font des cauchemars mais tous, d’une manière ou d’une autre, l’appréhendent différemment de n’importe quelle autre course du calendrier.

Pour Fumiyuki Beppu, « C’est la course la plus dure du monde et cela a un côté fantastique ». Un côté fantastique certes mais qui ne doit pas occulter la minutieuse préparation qu’elle exige.

C’est dans cette perspective que cette dernière commence, dans le froid de l’hiver précédent. Entre deux stages au soleil, une délégation du Team Nippo Delko One Provence est en transit par Nevers. Un objectif : préparer les armes pour la bataille.

Si un coureur n’est rien sans son vélo, il est indispensable pour un équipementier d’en comprendre ses attentes.

Visite de l'usine LOOK

Au cours d’une visite guidée des manufactures LOOK où sont pensés, dessinés, développés, prototypés et assemblés tous nos vélos, les coureurs découvrent, comprennent et analysent la production de leurs vélos, ceux qui les aideront à combattre Roubaix. Mais ce n’est pas tout.

En effet c’est surtout l’occasion d’échanger. Échanger avec les concepteurs, les ingénieurs, les techniciens. Même si, à l’époque, il est toujours question que Roubaix se déroule en avril, le caractère éprouvant de cette course entraine un nombre important de paramètres à prendre en compte. Des paramètres communs liés au parcours et aux conditions mais aussi et surtout, les paramètres des coureurs. Leurs attentes spécifiques, celles qui diffèrent d’un cycliste à l’autre et qui sont parfois difficiles à identifier.

Alternant entre le 795 Blade RS et le 785 Huez RS tout au long de sa saison, l’enjeu est, à ce moment de l’année, de comprendre comment sont développés chacun de ces deux modèles. Le but ? Identifier celui qui leur permettra de faire face aux assauts du parcours et tirer le meilleur d’eux-mêmes.

Des discussions autour de la conception des vélos, leur composition, les milliers de fibres de carbone toutes sélectionnées minutieusement, les procédés de montage et tout ce qu’il est nécessaire de comprendre pour préparer, en un an, le défi d’une journée :

« Ce qui est vrai pour les hommes l’est aussi pour le matériel. Cauchemar des mécanos et défi ultime des équipementiers. »

Le vélo idéal

Adapter plus d’une dizaine de vélos d’une équipe pour une seule course peut paraître fou. Oui mais voilà, il est des courses qui méritent le meilleur. C’est toute la démarche de équipes du Team Nippo Delko One Provence et de LOOK Cycle. Une démarche que résume bien Benjamin Giraud, le Directeur Sportif :

« C’est important d’investir autour de cette belle épreuve, pour lui faire honneur. »

Investir pour préparer le meilleur vélo possible. Un vélo qui devra être agile. Il devra aussi être confortable, sans perdre une once de performance et de rendement.

Ce mix parfait existe mais il n’est pas forcément là où on le croit chez LOOK, ni dans les premiers rangs du camion atelier du Team Nippo Delko One Provence.

En effet, si les coureurs du Team Nippo Delko One Provence ont l’habitude de courir sur le 795 Blade RS, le 785 Huez RS, avec ses tubes de carbone plus fins, pourrait être manœuvré avec plus de précision pour sauter de secteur pavé en secteur pavé.

Les carbones haut-module et ultra haut-module du cadre RS assureront toute la rigidité nécessaire aux hautes vitesses qui sont observées sur les quelques 260km qui séparent Roubaix de Compiègne.

Sa conception typée « montagne » serait finalement, elle, de circonstance. Sa douille de direction plus haute, par exemple, apporterait plus de confort et plus de souplesse au coureur.

Le cadre sera donc un 785 Huez RS, preuve qu’il est capable de trouver des similitudes entre un col hors catégorie et le sommet d’un pavé du Nord.

Quel type de freinage adopter ?

Là encore, les habitudes sont chamboulées. Si les disques apportent un bien meilleur freinage sous la pluie, les patins restent eux plus légers mais aussi plus intuitifs pour des coureurs qui ne sont pas habitués aux disques.

Mais l’Enfer du Nord exige de s’adapter, ce n’est pas lui qui s’adapte aux coureurs. Alors après discussions et études, le vélo de Roubaix sera monté en disques. Il faut être sûr de garder l’équilibre pour espérer voir le vélodrome, les disques seront une aide précieuse pour cela.

On avance et le vélo de Paris-Roubaix se dessine : ce sera un 785 Huez RS Disc, équipé de roues Corima.

Il ne reste plus qu’à procéder au montage… On y va ?

Appréhender la course...

Quelques mois plus tard, après un premier report de la course et de ses reconnaissances, hommes et machines sont prêts !

C’est la suite - presque l’aboutissement – d’un travail débuté il y a déjà plusieurs mois à Nevers.

Fumiyuki Beppu s’en souvient : « Au début de l’année j’ai visité l’usine de Nevers pour participer au développement de notre vélo. La course a été reportée mais je reste particulièrement motivé pour ce monument. »

Toute l’équipe est concentrée aux abords de cette ultime reconnaissance, troquant ses habits du printemps pour ceux de l’automne, ce qui fait aussi émerger de nouvelles priorités.

Benjamin Giraud, Directeur Sportif, place le test du matériel au sommet de ses préoccupations :

« Le matériel est encore plus important cette année car la météo sera encore pire à l’automne. Beaucoup de boue et un pavé très glissant. C’est donc primordial d’axer les reconnaissances sur des tests de matériel. C’est très technique ! »

...et le défi technique !

Cette reconnaissance, c’est également l’ultime répétition pour les hommes de l’ombre, les mécaniciens.

« Il y a toujours un peu de pression tout au long de l'année et encore plus sur Roubaix pour nous compte tenu du défi technique. » - Rémy Hoffman - Mécanicien

Si les coureurs doivent réussir le défi sportif, il incombe aux mécanos de réussir le défi technique.

Sous pression toute l’année par l’importance de leur travail, les mécaniciens comme les coureurs savent que cette course ne ressemble à aucune autre. Et pour cause, les choix faits quelques mois auparavant à Nevers sont autant de contraintes et de travail pour eux :

« Paris-Roubaix c’est beaucoup de travail. Il y a beaucoup de changements, on passe notamment en disques, on revoit les pressions, on change les boyaux, on change même de cadre ! » - Rémy Hoffman – Mécanicien

Mais s’ils doivent s’adapter, chaque membre de l’équipe connaît l’objectif commun et prend sa place dans cette quête :

« Là on passe sur le 785 Huez pour apporter un peu plus de confort tout en gardant un haut standard de performance et de fiabilité. On a d’ailleurs vu que ce matin sur les reconnaissances nous n’avons eu aucuns soucis mécaniques, c’est très encourageant pour la course. »

Coureurs, staff, matériel, tout est prêt pour le grand show !

À quelques jours de l’annonce de l’annulation de l’édition 2020, entre le Carrefour de l’Arbre et la Trouée d’Arenberg, résonnait l’écho de cette course qui ne ressemble à aucune autre.

Des échos vite rendus amers sur fond de longues heures de travail et de préparation. La première partie d’une aventure qui devra attendre encore quelques mois avant d’être bouclée.

Une chose est sûre : le plus dur reste à venir, le meilleur aussi !

A l’année prochaine, l’Enfer du Nord.