LA RENTRÉE DE L’ÉQUIPE DELKO-MARSEILLE-PROVENCE

12/02/2019

Texte : Foucauld Duchange | Photos : Damien Rigondeaud 

Marseille, le dimanche 3 février. A la sortie du métro Saint-Just, un petit vieux déclare à sa femme : « Ah, il y a le Tour de France, carrément ». Alors non, la Grande Boucle n’a pas été avancée pour que le mistral puisse rafraichir les coureurs, mais les préparatifs de la première course de la saison en donnent un avant-goût sur l’esplanade du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône.

 

Bien qu’ils flirtent avec leur adolescence encore proche, les coureurs les plus jeunes ne sont pas les plus turbulents. Dans cette ambiance de rentrée des classes, une foule de petits retraités se presse dans le coin de Delko-Marseille-Provence pour admirer les Blade flambant neufs de l’équipe. L’un d’eux grimpe les marches du bus mais se fait attraper au col par Frédéric Rostaing qui le redescend gentiment. Tel un directeur d’école, le manager veille au grain. Seule épreuve à partir de Marseille et à y arriver, le Grand Prix La Marseillaise a lieu sur ses terres. N’en déplaise à leurs aînés, il s’agit de  mettre toutes les chances du côté de ses coureurs pour qu’ils puissent briller à domicile.

En attendant le départ, nous discutons avec un signaleur qui nous raconte quelques bonnes histoires de ses débuts. A l’époque, il prenait ses vieilles roues et allait en chercher des neuves en Italie. Laissant les anciennes à Vintimille, il repassait la frontière en ayant pris soin de salir ses achats pour ne pas se faire prendre par la patrouille. Rien à déclarer ? Rien monsieur le douanier. Est-ce pour se faire pardonner ce genre de frasques que notre ami vient offrir ses services aux organisateurs ? Même au plus haut niveau, la course ne peut exister qu’avec l’aide des passionnés. Ce ne sont pas les trois cent autres bénévoles qui diront le contraire.

 

Fabien Schmidt est le premier coureur à sortir du bus. Il vient tester sa monture et vérifier ce que disent les capteurs de puissance de ses pédales Exakt. Son entraineur le rassure. Quelques photos plus tard, les coureurs peuvent partir à la présentation. Sur l’estrade, le vent vient chahuter la jupe de Miss Vélo France. « Laura est en train de se dire qu’il fait moins chaud qu’à Marcolès » s’amuse Daniel Mangeas avant de demander des nouvelles de chaque coureur. La plupart ont déjà de bonnes couleurs. Les stages en Espagne leur réussissent.

Il est l’heure de partir. Aujourd’hui, nous accompagnons Kévin Rinaldi, l’un des entraineurs de l’équipe, qui aura pour rôle de ravitailler les coureurs.

Comme son nom ne l’indique pas, Le Terme est la première côte du parcours. Elle vient trop tôt pour s’y arrêter, mais quelques supporters de Delko y sont déjà postés avec un barbecue. Les odeurs de merguez nous chatouillent les narines. Hélas, nous devons continuer. Au premier ravito, nos bidons n’intéressent ni Romain Combaud, échappé avec trois autres coureurs, ni le reste de l’équipe. Le mistral a légèrement baissé, mais les coureurs sont frigorifiés.

 

Bien que le second ravito ne soit pas pour tout de suite, nous devons filer pour avoir le temps de couper le parcours et d’arriver avant les coureurs. Lorsque nous nous postons près de Roquefort-la-Bédoule, nous savons grâce à Radio Tour que le quatuor de tête a continué à grappiller une certaine avance au fil des kilomètres. Derrière, le peloton a pris ses responsabilités et le rythme n’est pas celui d’un retour en douceur à la compétition. Qu’on se le dise : la trêve hivernale n’est plus qu’une tradition de l’ancien temps. Il ne fallait pas forcer sur le foie gras un mois plus tôt…

 

Avec le mistral, la Route des Crêtes a été supprimée du parcours. Nous nous en accommodons en grimpant la Gineste dans la lumière rasante de la fin d’après-midi. La descente en direction du boulevard Michelet laisse présager un bel emballage final. En nous garant devant le Vélodrome, nous veillons à éviter les grappes de minots qui courent d’un bus à l’autre dans l’espoir d’un bidon ou d’un fanion. Il est l’heure de prendre place près de la ligne d’arrivée. Coupés de la radio, nous ne sommes plus que des fans de vélo parmi d’autres, rendus à cette question existentielle : qui va gagner ? Partis en échappée dès le début de la course, Romain Combaud et Anthony Turgis ont faussé compagnie à leurs deux compagnons de galère et résisté au retour du peloton. Le duel est lancé, malheureusement au détriment du courageux de Delko qui perd à la pédale ce duel inespéré. Quelques secondes plus tard, c’est au tour d’un autre coureur de l’équipe de terminer en seconde position du sprint du peloton. Julien Trarieux manque de monter sur la troisième marche du podium mais confirme l’excellent niveau de forme des coureurs. La saison commence sous de bons hospices.