LE CONTRE-LA-MONTRE EN 5 POINTS CLES – DELKO MARSEILLE PROVENCE

07/05/2019

Texte : Foucauld Duchange | Photos : Damien Rigondeaud 

Course difficile au plateau relevé, Paris-Nice offre l’occasion d’un contre-la-montre de classe mondiale. Et qui dit contre-la-montre dit exercice spécifique et surtout vélo spécifique avec le 796 Monoblade RS. Embarquons avec l’équipe Delko-Marseille-Provence pour voir tout cela en détail.

Régler la bête au millimètre

 

La prise de contact avec le vélo de chrono s’effectue en début de saison, dès le premier stage à Alicante. Elle démarre par un long travail d’étude posturale avec des spécialistes. Pour certains coureurs, la séance peut durer jusqu’à six heures. De l’inclinaison de la selle sur l’Aeropost au placement des cales Kéo en passant par le positionnement des boutons de changement de vitesse eTap sur les prolongateurs de l’Aeroflatbar, tout est optimisé en fonction de la morphologie de chacun, mais aussi des caractéristiques du vélo. En effet, « il n’y a pas que la morphologie des coureurs, il y a aussi la morphologie du vélo » nous confie Andy Flickinger, directeur sportif chez Delko-Marseille-Provence. Tout matériel d’exception est exigeant, et toute modification de posture entraine un changement métabolique qui demande au corps un temps d’adaptation. « Mais nous faisons confiance aux experts en biomécanique et cela a toujours été bénéfique » reprend Andy.

Réviser ses matières faibles

 

Avoir le vélo de chrono le plus aérodynamique est primordial, mais encore faut-il savoir se servir du fruit des tests en soufflerie. Pour que le vélo puisse donner le meilleur de lui-même, son pilote doit pouvoir tenir une certaine position qui demande souplesse et surtout gainage. Les contre-la-montre se raréfiant, les coureurs ont moins l’occasion de pratiquer l’effort solitaire et les grand rendez-vous obligatoires en compétition peuvent faire très mal. S’astreindre à l’exercice est évidemment la meilleure façon d’être prêt, mais c’est aussi un excellent moyen de développer des capacités bénéfiques à la course en ligne. En effet, cet effort à puissance sous-maximale voire maximale s’apparente à celui d’une échappée dans un final ou de ce que demanderait une jonction cruciale après un coup de bordure. En faisant appel à des capacités anaérobiques énormes, c’est également un bon moyen de progresser en montagne.

Faire chauffer le moteur

 

Sur Paris-Nice, le contre-la-montre arrive en plein milieu de l’épreuve, après trois jours passés à batailler dans le vent. Cette différence entre une étape de plusieurs heures et un chrono d’une demi-heure peut bloquer le corps qui se met instinctivement en protection, comme s’il avait peur qu’on lui redemande le fournir l’effort de la veille. Il faut donc le solliciter d’une certaine manière.

Les coureurs commencent par faire une heure de vélo à allure modérée, ce qui est généralement l’occasion de reconnaître le parcours et de vérifier les réglages, puis ils se reposent vingt minutes et montent sur leur home-trainer. Afin d’être le plus efficace possible, ils se basent sur les différentes zones d’intensités données par le capteur de puissance de leurs pédales Exakt et leur cardiofréquencemètre. Les coureurs démarrent par dix minutes en i3 (le jargon pour intensité de niveau 3) puis ils augmentent jusqu’à être en i4 pendant quatre minutes et arriver en i5 sur la dernière minute. Ils redescendent alors en i3 pour récupérer avant de faire monter le cœur avec 5 séries de 30/30 soit trente secondes d’intensité puis trente seconde de récupération.

Laisser la fête aux autres

 

Les jours de contre-la-montre sont des jours de fête pour tous les fans de vélo qui font le déplacement. En effet, les passages sont étalés sur tout un après-midi et entre les séances d’échauffement, les départs, les arrivées et la récupération, il y a des centaines d’occasions d’approcher et d’observer les coureurs tout en reluquant ce qui se fait de mieux en matière de matériel. Pour les directeurs sportifs, l’heure n’est pas à la comparaison des vélos des équipes voisines mais plutôt à celle des différentes psychologies de coureurs. « Avec un spécialiste comme Navardauskas par exemple, je vais lui demander comment vont ses jambes, s’il a quelque chose en tête et ce dont il a besoin en terme de commentaires à la radio. Avec quelqu’un comme Romain Combaud, je vais me montrer plus présent. Je le laisse faire au début, mais ensuite, si je vois qu’il est parti en facteur sur un braquet de 55×14 alors que je sais qu’il est capable d’être sur le 55×11, je ne vais pas le laisser continuer comme ça car de la voiture on voit les variations » explique Andy Flickinger avant le départ des premiers coureurs. « Le contre-la-montre c’est l’inconfort. L’inconfort lié à la position mais aussi l’inconfort lié au braquet qu’on doit emmener. Il faut donc donner de soi et se remettre en cause constamment. Tous les grands coureurs de contre-la-montre sont des monstres de concentration. Et la concentration ça se travaille. »

Et après ?

 

Après le chrono, les coureurs commencent par bien s’hydrater car l’effort ne leur a généralement pas permis de le faire. Ils remontent ensuite sur le home-trainer pour transpirer à nouveau. Cela permet d’éliminer la première toxine de l’acide lactique. Il faut alors garder un braquet souple mais maintenir une certaine allure afin de provoquer l’afflux de sueur. Pendant que les uns moulinent, nous retournons voir Andy pour le mot de la fin. « Lors d’un chrono, tu es face à toi même. Quatre-vingt dix pourcents des mecs sont dans le doute. Par équipe c’est la même chose. Tu subis la force des autres. D’ailleurs, il faudrait un championnat de France par équipe pour les pros. C’était l’essence même du vélo auparavant et ça n’existe plus. Le chrono est un exercice pur. C’est lui qui dévoile ton moteur, tes capacités physiques mais aussi mentales. Tous les coureurs devraient s’y plier. »